Féminicides au Cameroun: 33 vies brisées en 100 jours
Depuis le 1er janvier 2026, au moins 33 femmes ont perdu la vie dans des violences de genre. Un bilan provisoire qui révèle l’ampleur d’une crise que les autorités peinent à reconnaître.

Au moins 33 femmes ont été tuées depuis le 1er janvier 2026 au Cameroun, dont 11 dans un contexte conjugal. Derrière ce chiffre froid se cache une réalité brûlante : dans la grande majorité des cas, la victime connaissait son meurtrier. Époux, fiancé, ex-compagnon — le danger venait de l’intérieur même du foyer.
33
FEMMES TUÉES
DEPUIS JAN. 2026
11
CONTEXTE
CONJUGAL
212
CAS OFFICIELS
2023–JAN. 2026
Des noms, pas des statistiques
À Evodoula, une femme a été mortellement attaquée à la machette par son époux. À Douala, une autre victime a subi le même sort. À Kousseri, une femme a été poignardée à mort par son mari. Ces cas, documentés par le collectif StopFéminicides237, illustrent une récurrence troublante : la proximité entre victimes et agresseurs n’est pas une exception, elle est la règle.
Le 19 mars 2026 a marqué un tournant dans la prise de conscience collective : le viol et le meurtre de Divine Mbarga Atangana, une fillette de 11 ans, dans le quartier Nkoabang à Yaoundé, ont provoqué une vague d’indignation sans précédent. L’auteur présumé, Moadambe Éric, était un visage familier de l’immeuble — l’un de ces voisins auxquels on confie ses enfants.
MARCHE DU 8 MARS 2026 — YAOUNDÉ
Des militantes défilent Boulevard du 30 mai à Yaoundé lors de la JIF 2026, transformée en journée de deuil © Focus Média Afrique
Le 8 mars sous le signe du deuil
La Journée internationale de la femme 2026 a pris une coloration inédite au Cameroun. Le pays la célébrait sous le thème « Justice pour toutes les femmes et les filles », choisi par le ministère de la Promotion de la femme et de la famille (MINPROFF). Mais dans les rues de Yaoundé et Douala, les banderoles portaient d’autres messages : « Stop féminicides 237 », « Justice pour nos sœurs ».
« Combien de vies faudra-t-il encore sacrifier avant que l’État n’agisse avec fermeté ? »
— VIVIANE TATHI, MILITANTE FÉMINISTE CAMEROUNAISE
Une réponse institutionnelle en retard
La ministre des Affaires sociales, Pauline Irène Nguyen, a qualifié les crimes d’« inacceptables » et a condamné ce qu’elle a appelé une « série de féminicides ». Mais sa déclaration a été rendue publique quatre jours après le meurtre de Divine — un délai qui a cristallisé les critiques des organisations de la société civile. Ces dernières soulignent que le cadre juridique et institutionnel camerounais n’offre pas une protection adéquate aux femmes et aux enfants.
Du côté de la gendarmerie nationale, un message radio-porté daté du 9 avril 2026 a enjoint l’ensemble des unités à « intensifier la lutte contre les violences basées sur le genre ». Un signal fort, mais qui intervient tardivement dans un pays où ces violences restent largement sous-déclarées, selon les experts.
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