Les chiffres cachés : pourquoi les féminicides sont sous-déclarés au Cameroun

Au Cameroun, personne ne sait exactement combien de femmes sont tuées chaque année en raison de leur genre. Et ce n’est pas faute de décès, c’est faute de comptage.

Plusieurs facteurs expliquent cette sous-déclaration massive. D’abord, l’absence de catégorie juridique « féminicide » fait que ces meurtres sont enregistrés comme des homicides ordinaires, sans distinction de genre. Ensuite, de nombreux décès violents de femmes, notamment en zone rurale, ne font l’objet d’aucun signalement ni d’aucune enquête.

La pression familiale et sociale joue un rôle déterminant. Les familles de victimes sont souvent dissuadées de porter plainte pour préserver l’honneur familial ou par crainte de représailles. Dans certaines communautés, la mort d’une femme aux mains de son mari est traitée comme une affaire interne, réglée entre familles.

Les médias eux-mêmes contribuent parfois à l’invisibilité du phénomène. Les faits divers relatant la mort de femmes sont relégués en bas de page, sans analyse des causes structurelles, sans mise en contexte des violences de genre.

Compter les féminicides, c’est reconnaître qu’ils existent. C’est la condition préalable à toute politique de prévention sérieuse. Le Cameroun doit se doter d’outils de collecte de données robustes, pilotés par l’État en partenariat avec la société civile.

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